L'étudiant Erasmus végète à l'état de larve céphalique à partir d'un âge plus ou moins
certain. Son développement physique et psychique concret se manifeste dès la deuxième année d'études. Un bouillonnement incessant anime alors le cerveau du pauvre hère entamant sa transformation :
cette évolution n'a rien du doux repos de la chrysalide qui mène la chenille à la béatitude de l'état de papillon, forcément, on n'est pas humain pour rien, il faut bien se compliquer la vie.Etant étudiantes à Nanterre, nous avions eu l'occasion de nous préparer aux multiples chocs administratifs qui allaient s'abattre sur nous, à l'instar de Romain Duris dans l'Auberge Espagnole. Dès Septembre 2007, nous écumions le site de notre université et ceux, plus exotiques, des universités partenaires proposées, dictionnaire en main. Irlande, Espagne, Italie, pays nordiques et Baltes, Suisse, Belgique, Pologne, Islande, Allemagne Grèce, Portugal, Turquie défilaient sous nos yeux hagards, avides de découvertes, dont la première ne fut pas des moindres : certains cours n'acceptent que les masters, d'autres sont enseignés dans des langues dont on ne savait même pas qu'elles existaient (hongrois, letton, slovaque), certains établissement proposent moins des trente crédits obligatoires par semestre (les ETCS Credits, norme européenne) en fonction des langues, les semestres à l'étranger empiètent sur les semestres français, Master se dit Master mais Licence se dit Bachelor, et site après site le découragement fait face à l'incompréhension.
Une visite au bureau Erasmus de notre UFR nous libéra de nos inquiétudes : la réunion aurait lieu en mars, inutile donc de s'inquiéter outre mesure. Cela ne nous empêcha pas de continuer notre petite enquête, de visiter le salon de la mobilité étudiante qui nous remplit les yeux de destinations alléchantes, qui malheureusement n'étaient pas proposés par Nanterre.
le mois de mars enfin arrivé, nous nous entassâmes à plus de cent dans une salle de l'UFR de Droit pour écouter les conseils avisés des coordinateurs, scrutant les regards, épiant les conversation pour être sûrs que personne d'autre ne convoitait la même destination. On nous expliqua que nous n'étions autorisés à prendre que deux dossiers à la sortie de la réunion. Damnation ! Le choix était large, et nous savions à peine quelles universités remplissaient au mieux les conditions requises, dont on nous avait informé au cours de cette même réunion. En résumé :
- les cours doivent correspondre autant que possibles à ceux de l'année en cours en France (nous découvrîmes plus tard que cela n'avait aucune importance)
- les cours à l'étranger doivent totaliser à 30 crédits ETCS par semestre, comme en France (attention donc si, pour compléter ce chiffre, il faut prendre des cours dans une langue inconnue)
- pour la langue, vérifier que les cours dans la langue souhaitée sont disponibles en master ET en licence.
- la meilleure année pour partir, en tout cas pour le Droit à Nanterre, est la licence, car les master doivent passer environ 4 matières à l'étranger et 2 matières en France par semestre.
Nous nous emparâmes donc des dossiers "Pologne" et "Hongrie". Nous avions bien étudié les sites, pensions n'avoir rien laissé au hasard... Et fûmes stupéfaites de découvrir qu'il y a plusieurs universités à Varsovie et que Nanterre n'avait pas d'accords avec celle que nous voulions. De plus, il fallait passer 10 matières différentes pour un semestre en Hongrie pour remplir tous les ETCS.
De nombreuses heures passées sur les sites des universités furent donc encore nécessaires, et c'est avec découragement que je cliquai, enfin, sur le dernier pays de la liste du site Internet de Nanterre : La Turquie.
Le site de Bilgi était simple, bien organisé, clair et précis, et je me pris d'affection pour cette université où tout semblait facile et bien fait. Rien ne semblait clocher, chaque matière faisait 6 crédits ETCS, de nombreuses matières en anglais étaient proposées en licence, et en dix minutes tout fut réglé.
Depuis le temps qu'Erasmus fonctionne, je m'étonne que tous les sites n'aient pas tous été conçus aussi bien que celui-là ! C'était décidé, Istanbul, le Bosphore, les souvenirs de vacances, Topkapi, la Mosquée Bleue semblaient bien plus attirants que le fin fond de la Pologne : nous allions échanger nos dossiers.
Nous retournâmes donc au bureau Erasmus du bâtiment F pour effectuer l'échange. Mais lorsque nous informâmes la coordinatrice de notre destination elle fronça les sourcils et dit "Bilgi, Bilgi... Ca ne me dit rien, ce n'est pas dans votre brochure !". Je soulignai alors que pourtant, le lien était bien affiché sur le site de Nanterre. L'incohérence ne sembla pas l'émouvoir plus que ça et elle nous conseilla d'aller nous renseigner au bureau des relations internationales du bâtiment A. Ce que nous fîmes assidûment.
Une fois les explications données, notre interlocturice alla s'enquérir de la chose et nous annonça que Bilgi avait été oubliée sur la brochure et que le nombre de place n'était pas mentionné. "Mais postulez quand-même, ça devrait aller".
Le "devrait" nous laissa perplexe mais nous rendîmes notre dossier, dûment rempli, à la date fixée.
Nous venions de faire notre premier pas dans l'aventure Erasmus.
Nos pérpéties nanterroises ne s'arrêtent pas là, mais ceci est une autre histoire...
Notre quête n'était pas terminée. A peine avions nous été acceptées pour partir
qu'il fallut remplir un nombre de documents astronomiques et s'assurer que Nanterre communiquait bien avec Bilgi, que nous allions recevoir notre mot de passe à temps et que nous pourrions nous
inscrire avant la date limite. Il fallut également démarcher pour obtenir une bourse. Cela nous coûta une bonne douzaine de visites au bureau des relations internationales, entre les cours et les
partiels. Retenons tout de même ce fameux 27 juin : "oh, mais d'ici le 30 mai c'est bon pour les inscriptions, en temps nanterrois c'est très long !".Plaisanterie qui ne nous fit pas beaucoup rire,
notre inscription tenant à la condition que Nanterre aurait envoyé nos noms à Bilgi.
Enfin, le 28 août. Tiphaine et moi sommes parties aux aurores faire la queue derrière une
cinquantaine de personnes en attendant l'ouverture du consulat. Après une attente raisonnable, nous pénétrons dans un étrange bâtiment, vieillot, illuminé au néon (nous en profiterons pour
relancer le débat sur les lampes basse consommation, écologiques ou non ??).
Incroyable. Toutefois, le problème des chambres n'est toujours pas réglé, il va falloir s'y mettre, et puisque le
président du Club Erasmus de Bilgi nous propose si gentiment de nous aider pour les éventuels problèmes de logement, je lui fais part de mon petit souci, en anglais.
Malgré une opération « stockage de masse » au supermarché, nos pâtes à la margarine furent assez mal accueillies par nos estomacs. Il faudrait prévoir, pour les
jours prochains, de la sauce tomate et des condiments en tout genre.
aillardie.